NOS TUTEURS BéNéVOLES


« Lettre aux tuteurs », par une ancienne volontaire Intercordia

 

Chers tuteurs,

 

Partir à l’autre bout du monde, en volontariat, seul, c’est s’éloigner physiquement de ses proches, il y a rupture. Pour continuer à communiquer avec eux, l’écrit est souvent la seule manière d’échanger. Cette obligation d’écrit, alors qu’on est bien plus habitué à l’interaction orale et immédiate créée une distance parfois difficile à gérer.

 

En effet, on ne peut pas tout dire par écrit à ses proches. Une censure se met en place naturellement et nécessairement pour ne pas affoler tout le monde. Mais cacher ces faits et émotions peut devenir très dur, voire même insupportable quand on ne trouve pas non plus sur place des oreilles pour être écouté dans sa langue natale.

 

C’est là qu’intervient le tuteur : il est censé être celui à qui on va pouvoir tout raconter sans censure ni tabou, et sans qu’il s’affole de façon irrationnelle.

 

Le lien tuteur - cordialiste (= « volontaire » Intercordia), c’est vrai, c’est une relation particulière à créer car l’équilibre à trouver est compliqué.

 

Au départ, cette relation est un peu « artificielle » puisqu’on ne se connaît pas. Mais les rôles « distribués », et notamment les confidences et la confiance qu’ils impliquent, font que le cordialiste doit rapidement se mettre au diapason, et commencer à parler.

 

C’est plus compliqué et plus facile de se livrer à quelqu’un qu’on connaît peu. Plus compliqué car on a l’impression de parler à quelqu’un qui n’a pas encore toutes les clés pour nous comprendre.

Plus simple car en même temps, cela offre un espace de liberté intéressant, car la peur de décevoir, de celles qui bloquent le plus la parole, n’est pas présente. La peur de ne pas être écouté, par peur d’ennuyer ou d’embarrasser, elle aussi, est écartée, puisque c’est le premier rôle du tuteur.

 

Alors, oui, la demande et l’attende du cordialiste, tant sur le fond que sur la forme, entraîne une responsabilité importante.

 

Certes, dans ce que vous recevrez, il y aura un mélange de privé et de choses liées à notre volontariat/bénévolat/stage/mission. Certains ne vous donneront qu’un point de vue « professionnel » de ce qu’ils vivent, d’autres se laisseront submerger par le privé, pour d’autres tout sera mélangé dans leurs écrits.

 

Vous allez certainement recevoir des questions, des interrogations, des découragements,  des agacements, des pertes de repère, des doutes, des demandes de conseils, des appels au secours, des envies de tout lâcher, mais cet accompagnement que vous accepté d’offrir est l’un des « plus » du parcours Intercordia, l’un des maillons clés.

 

Bien sûr, vous n’aurez pas les réponses à ces questions. C’est évident.

Mais ce que cherche le cordialiste, en tout premier, ce n’est pas seulement d’être « lu », c’est d’être compris. L’écoute attentive, voilà la première mission d’un tuteur.

Alors comment favoriser les confidences, comment rendre moins artificielle cette relation ? Je crois que beaucoup de choses se construisent avant le départ. Une fois sur place, avec la distance, il me semble que la relation et la confiance se construiront beaucoup plus lentement.

Dans la communication, le « non-verbal » ne prend t-il pas une place majeure ?

 

Selon moi, plusieurs contacts directs ou téléphoniques sont nécessaires avant le départ : les expressions, le ton de la voix, les hésitations, tout ce qui n’est pas dit mais que l’on « sent » ou « ressent » en parlant. Durant ces échanges, le cordialiste prendra bien sûr le temps de « raconter sa vie et son projet ». Mais je crois que le tuteur ne doit pas seulement être « une paire d’oreilles ». Lui aussi doit se livrer « un peu ». Pourquoi ? Pour que le cordialiste n’ait pas l’impression d’être le seul à se « mettre à nu ». Pour le tuteur, se dévoiler soi-même, son « privé » permet de favoriser la confiance et de créer un véritable espace d’échange. Pas de sens unique dans la relation.

 

Ce n’est pas simple pour tout le monde d’écrire. C’est pourquoi nos rapports d’étonnement n’arriveront pas toujours régulièrement. On invoquera sûrement des excuses de temps, de manque de moyen, d’absence d’idées ou de choses intéressantes à raconter… Les raisons seront peut-être bien cachées. Ecrire, c’est « mettre de l’éternel dans l’instant ». Qui oserait ainsi tout graver dans la pierre ? Y inscrire même les moments difficiles et qu’on s’en souvienne à jamais ? Quelle idée ! Ce serait bien plus difficile à oublier ainsi !

 

Il vous faudra ainsi parfois creuser, ou rappeler combien il est riche d’écrire régulièrement. Mais ne pas blâmer ou juger si les choses ne « sortent » pas d’elle même. Redites nous que vous êtes à l’écoute : par mail, par lettre manuscrite, pourquoi pas par téléphone ou Skype si c’est possible.

 

L’attente des cordialistes est vraiment grande envers leurs tuteurs, elle grandit au fur et à mesure je crois. Vous nous accompagnez dans un bout de chemin qui nous marquera toute notre vie. Vous allez en être le témoin privilégié. Vous l’avez accepté et vous n’allez pas le regrettez…

 

Deux petits extraits de mes échanges avec mes tutrices :

Elena : « …ce que nous avons partagé n’est pas de l’ordre d’un travail précis ou d’un résultat concret, mais surtout d’une expérience de Vie ».

Claire : « "Oser" des mots, trouver le ton juste, sentir ce que veut dire "accompagner" ! C'est tout un exercice… c’est toute une responsabilité… pour le tuteur. ».

 

Sachez que nous en sommes conscients. Laissez-vous toucher et emporter par notre aventure, répondez avec vos tripes, faites parler votre cœur. C’est une aventure pour vous aussi.

 

Merci à vous, pour votre écoute active, vos réponses passées… et surtout toutes celles à venir !

 

Marie-Caroline Jarreau